Arrêt de travail pendant la grossesse.

Arrêt de travail pendant la grossesse — droits, indemnisation et démarches
Grossesse · Droits

Arrêt de travail pendant la grossesse — qui peut le prescrire, indemnisation et démarches

L'arrêt de travail pendant la grossesse est un droit médical légitime, encadré et indemnisé — trop souvent différé par crainte du regard de l'entourage professionnel.

Avril 2026 Lecture : 6 min Dr R. Hadour, gynécologue-obstétricien Sources : CPAM · Code du travail · HAS

Fatigue intense, nausées invalidantes, douleurs, pénibilité du poste, complications médicales — les raisons d'un arrêt de travail pendant la grossesse sont nombreuses. Beaucoup de femmes hésitent pourtant à consulter. Cet article explique concrètement le fonctionnement de l'arrêt de travail, qui peut le prescrire, le montant de l'indemnisation et les démarches à effectuer.

Qui peut prescrire un arrêt de travail pendant la grossesse ? L'arrêt de travail peut être prescrit par le médecin généraliste, le gynécologue-obstétricien ou la sage-femme. Les sages-femmes ont depuis 2016 le droit de prescrire des arrêts de travail dans le cadre du suivi de grossesse. Il n'est pas nécessaire d'attendre une consultation spécialisée si votre état le nécessite.

Les deux types d'arrêt de travail pendant la grossesse

L'arrêt pathologique lié à la grossesse

L'arrêt pathologique est prescrit en raison d'une complication ou d'une symptomatologie médicale liée à la grossesse. Les motifs les plus fréquents sont les suivants.

  • Nausées et vomissements invalidants — hyperémèse gravidique
  • Douleurs pelviennes ou lombaires importantes : diastase des pubis, sciatique de grossesse
  • Menace de fausse couche ou saignements
  • Menace d'accouchement prématuré ou col raccourci
  • Hypertension gravidique ou pré-éclampsie
  • Diabète gestationnel mal équilibré
  • Fatigue sévère avec répercussion sur la santé
  • Anxiété ou dépression périnatale

L'arrêt pour pénibilité ou inadaptation du poste

Lorsque le poste de travail est incompatible avec la grossesse — station debout prolongée, travail physique lourd, exposition à des substances nocives, stress important, trajets très longs — et qu'un aménagement n'est pas possible, le médecin peut prescrire un arrêt de travail pour protéger la grossesse. Ce motif est tout aussi légitime qu'un arrêt pour complication médicale.

Indemnisation — combien touche-t-on ?

Les indemnités journalières de l'Assurance Maladie

Pendant un arrêt de travail, l'Assurance Maladie verse des indemnités journalières sous conditions d'ouverture de droits.

Conditions d'indemnisation pour les salariées
  • Avoir travaillé au moins 150 heures au cours des 3 mois précédant l'arrêt, ou avoir cotisé sur un salaire équivalant à au moins 1 015 fois le SMIC horaire au cours des 6 derniers mois.
  • Être à jour de ses cotisations sociales.
  • Avoir transmis l'avis d'arrêt à la CPAM et à l'employeur dans les 48 heures.

Le montant des indemnités journalières est calculé sur la base du salaire journalier de référence : en général 50 % du salaire journalier brut, plafonné à 1,8 fois le SMIC mensuel. Votre convention collective peut prévoir un complément employeur portant les indemnités à 90 % voire 100 % du salaire net — renseignez-vous auprès de votre service RH.

Le délai de carence

Un délai de carence de 3 jours s'applique pour le premier arrêt de travail : les indemnités journalières ne sont versées qu'à partir du 4e jour. En cas d'affection de longue durée, ce délai est supprimé. Certaines conventions collectives le suppriment également — vérifiez la vôtre. En cas de prolongation d'un arrêt déjà en cours, le délai de carence ne s'applique plus.

Démarches pratiques

Ce que vous devez faire
  • Volets 1 et 2 de l'avis d'arrêt : à envoyer à votre CPAM dans les 48 heures.
  • Volet 3 : à remettre à votre employeur dans les 48 heures.
  • Ne pas travailler pendant la durée de l'arrêt, sous peine de remboursement des indemnités perçues.
  • Respecter les sorties autorisées indiquées sur l'arrêt (sorties libres ou limitées).
  • En cas de prolongation : faire établir un arrêt de prolongation avant la fin de l'arrêt en cours.

Arrêt de travail et congé maternité

Un arrêt de travail pendant la grossesse n'empiète pas sur la durée légale du congé maternité. Les deux périodes sont distinctes et indépendantes. L'arrêt pathologique précède le congé maternité sans en réduire la durée.

Un congé pathologique prénatal supplémentaire de deux semaines peut par ailleurs être accordé par le médecin en cas de grossesse médicalement difficile, avant le début du congé maternité légal. Il est pris en charge par l'Assurance Maladie.

Protection contre le licenciement

Pendant un arrêt de travail lié à la grossesse, vous bénéficiez des mêmes protections que toute femme enceinte ayant déclaré sa grossesse à son employeur : le licenciement est nul, sauf faute grave étrangère à l'état de grossesse. L'arrêt de travail ne peut pas être utilisé comme motif de licenciement.

Ne pas différer la consultation Beaucoup de femmes tardent à demander un arrêt de travail par crainte du regard de l'employeur ou des collègues. L'arrêt de travail est un droit médical, prescrit par un professionnel de santé sur la base d'une évaluation clinique. Préserver votre santé et celle de votre bébé est une priorité légitime. N'attendez pas que votre état s'aggrave pour consulter.

Ce qu'il faut retenir
  • Médecin généraliste, gynécologue et sage-femme peuvent prescrire un arrêt de travail pendant la grossesse.
  • L'avis d'arrêt doit être transmis à la CPAM et à l'employeur dans les 48 heures.
  • Les indemnités journalières représentent environ 50 % du salaire brut journalier, avec un complément employeur possible selon la convention collective.
  • Un arrêt de travail ne réduit pas la durée du congé maternité légal.
  • Consulter tôt vaut mieux qu'attendre une aggravation.

Questions fréquentes

Mon employeur peut-il contester mon arrêt de travail ?

L'employeur peut signaler à la CPAM une situation qu'il juge anormale, ce qui peut donner lieu à un contrôle médical par un médecin conseil de l'Assurance Maladie. Ce médecin peut confirmer ou infirmer l'arrêt. En cas de confirmation, l'indemnisation est maintenue. L'employeur ne peut pas lui-même mettre fin à l'arrêt.

Puis-je sortir de chez moi pendant mon arrêt de travail ?

Cela dépend des mentions portées sur votre avis d'arrêt. Si "sorties libres" est coché, vous pouvez sortir à n'importe quelle heure. Si "sorties limitées" est mentionné, vous devez rester présente à votre domicile de 9 h à 11 h et de 14 h à 16 h — horaires contrôlables par la CPAM —, sauf pour des soins médicaux. Les dérogations doivent être notées sur l'arrêt.

Je suis en CDD. Ai-je droit aux indemnités journalières ?

Oui, sous les mêmes conditions de cotisation que les salariées en CDI. Votre statut n'influence pas le droit aux indemnités, tant que les conditions sont remplies. Les salariées dont le CDD se termine pendant l'arrêt peuvent, dans certains cas, continuer à percevoir des indemnités maternité — renseignez-vous auprès de votre CPAM.

Mon arrêt se prolonge jusqu'aux dates de début du congé maternité — que se passe-t-il ?

Si l'arrêt pathologique se poursuit jusqu'à la date légale de début du congé prénatal, il se transforme automatiquement en congé maternité. L'indemnisation bascule alors sur les indemnités journalières maternité, calculées différemment et en général plus favorables. Les deux périodes ne se cumulent pas sur la même plage.

Puis-je obtenir un arrêt de travail uniquement pour fatigue liée à la grossesse ?

La fatigue gravidique peut justifier un arrêt si elle est suffisamment importante pour altérer la santé ou si les conditions de travail l'aggravent. C'est votre médecin ou sage-femme qui évalue la situation clinique. Décrivez précisément votre quotidien et vos conditions de travail lors de la consultation — cela aide à poser une évaluation juste.

Références
  • Ameli.fr — Congé maladie et maternité : indemnités journalières
  • Service-public.fr — Arrêt maladie et droits de la femme enceinte
  • Code du travail — Articles L1225-1 à L1225-28
  • CPAM — Guide pratique de la maternité
Cet article présente les règles générales en vigueur. Les montants et conditions peuvent varier selon votre régime (salarié, indépendant, fonctionnaire) et votre convention collective. Pour votre situation précise, consultez votre CPAM ou votre service RH.