Infections sexuellement transmissibles : reconnaître, dépister, traiter
Gynécologie · Prévention

Infections sexuellement transmissibles : reconnaître, dépister et traiter

Souvent silencieuses, parfois graves, les IST concernent tout le monde — quel que soit l'âge, l'orientation ou le nombre de partenaires.

⏱ 9 min de lecture 📅 Mis à jour : mai 2026 ✍ Dr Rabah Hadour, gynécologue-obstétricien

Chlamydia, syphilis, VIH, HPV, herpès : les infections sexuellement transmissibles sont fréquentes, souvent asymptomatiques, et peuvent avoir des conséquences sérieuses si elles ne sont pas dépistées à temps. Cet article vous explique comment les reconnaître, quand se faire dépister et quelles protections existent.

Ce qu'il faut retenir

Les principales IST

Les infections sexuellement transmissibles sont causées par des bactéries, des virus ou des parasites. Elles se transmettent principalement lors des rapports sexuels — vaginaux, anaux ou oraux — mais certaines peuvent aussi se transmettre par le sang ou de la mère à l'enfant pendant la grossesse ou l'accouchement.

Les principales IST : agent, fréquence et risques en l'absence de traitement
IST Agent Fréquence en France Risques si non traitée
Chlamydia Bactérie IST bactérienne la plus fréquente Infertilité, grossesse extra-utérine, salpingite
Gonorrhée (gonocoque) Bactérie En forte hausse depuis 2010 Salpingite, infertilité, septicémie
Syphilis Bactérie Recrudescence majeure en Europe Atteintes cardiaques, neurologiques, transmission au fœtus
VIH Virus Plusieurs centaines de milliers de personnes infectées en France Syndrome d'immunodéficience acquise (sida)
HPV (papillomavirus) Virus Virus sexuellement transmissible très fréquent Cancer du col de l'utérus, condylomes, autres cancers
Herpès génital Virus (HSV-2, HSV-1) Infection génétale virale fréquente Récurrences douloureuses, transmission néonatale
Hépatite B Virus Transmission sexuelle fréquente Cirrhose, cancer du foie
Mycoplasmes génitaux Bactérie Souvent associés à d'autres IST Urétrite, cervicite, infertilité

Symptômes : ce qui doit alerter

La plupart des IST sont asymptomatiques — notamment les chlamydias, qui ne provoquent aucun signe dans 70 % des cas chez la femme. C'est pourquoi le dépistage régulier est indispensable, même en l'absence de toute gêne.

Certains signes doivent toutefois conduire à une consultation sans délai :

  • Pertes vaginales anormales — abondantes, malodorantes, colorées, mousseuses ou caséeuses.
  • Brûlures ou douleurs à la miction.
  • Ulcération, plaie ou bouton sur les organes génitaux, l'anus ou la bouche.
  • Douleurs pelviennes, surtout associées à de la fièvre.
  • Ganglions dans l'aine, douloureux ou indolores.
  • Éruption cutanée, en particulier sur les paumes et les plantes des pieds (évocatrice de syphilis secondaire).
  • Verrues génitales (condylomes) — petites excroissances rosées ou grisâtres.

Le dépistage : quand et comment ?

À qui s'adresse le dépistage ?

Le dépistage des IST est recommandé à toute personne sexuellement active, quel que soit son statut conjugal. Il est particulièrement conseillé dans les situations suivantes :

  • Changement de partenaire ou partenaires multiples.
  • Rapport non protégé avec un partenaire au statut IST inconnu.
  • Début d'une nouvelle relation avant l'arrêt du préservatif.
  • Grossesse en cours ou désirée.
  • Symptômes évocateurs chez soi ou chez le partenaire.
  • Jeunes femmes de 15 à 25 ans : dépistage du chlamydia recommandé chaque année.

Quels examens sont réalisés ?

Le bilan de dépistage est adapté selon l'âge, l'exposition et les facteurs de risque :

  • Un prélèvement vaginal ou cervical (ou auto-prélèvement vaginal) pour chlamydia et gonocoque — analyse par PCR.
  • Une prise de sang pour VIH, syphilis, hépatites B et C.
  • Selon l'âge, un dépistage du col de l'utérus par cytologie ou test HPV dans le cadre du dépistage organisé (le frottis cervical ne constitue pas un test IST standard, mais un dépistage des anomalies cellulaires liées au HPV).

La sérologie VIH : un test simple et remboursé

Le dépistage du VIH est recommandé au moins une fois dans la vie pour toute personne sexuellement active, et régulièrement pour les personnes à risque. Il est réalisable sur simple prise de sang, ou via un TROD — test rapide d'orientation diagnostique — en pharmacie, en CeGIDD (centre de dépistage) ou chez votre médecin. Le résultat est disponible en 30 minutes.

Les traitements disponibles

IST bactériennes : guérissables par antibiotiques

Les IST bactériennes — chlamydia, syphilis, gonorrhée, mycoplasmes — se traitent efficacement par antibiotiques, à condition d'être dépistées. Le traitement est généralement court (dose unique ou quelques jours) et les deux partenaires doivent être traités simultanément pour éviter la réinfection.

La gonorrhée fait l'objet d'une vigilance particulière en raison de l'émergence de souches résistantes aux antibiotiques. Le traitement doit être adapté en fonction d'un antibiogramme lorsque c'est possible.

IST virales : contrôlables, pas toujours guérissables

Les IST virales ne sont pas guérissables au sens strict, mais peuvent être contrôlées :

  • VIH : les trithérapies actuelles permettent une charge virale indétectable, une vie normale et une transmission quasi nulle au partenaire. Le traitement doit être pris à vie.
  • Herpès génital : les antiviraux (aciclovir, valaciclovir) réduisent la durée et la fréquence des poussées, sans éliminer le virus définitivement.
  • Hépatite B : des antiviraux permettent de contrôler la réplication virale ; la vaccination reste la meilleure protection.
  • HPV : la plupart des infections à HPV régressent spontanément en 1 à 2 ans. Les lésions précancéreuses et les condylomes nécessitent une prise en charge spécifique (traitement local, laser, exérèse).

Prévention et protection

Le préservatif : premier rempart

Le préservatif masculin ou féminin, correctement utilisé, réduit fortement le risque de nombreuses IST transmises par voie sexuelle. Son efficacité est maximale lorsqu'il est utilisé dès le début du rapport, y compris pour les rapports oraux. Cependant, certaines infections de contact cutané — notamment le HPV et l'herpès génital — peuvent encore être transmises même avec un préservatif, bien que le risque soit réduit.

La vaccination

Deux vaccinations existent contre des IST fréquentes et potentiellement graves :

  • Vaccin HPV (Gardasil 9) : recommandé pour les filles et les garçons de 11 à 14 ans, avec un rattrapage jusqu'à 19 ans. Protège contre les souches à haut risque de cancer (HPV 16, 18) et contre les condylomes (HPV 6, 11). Remboursé à 100 % dans ces tranches d'âge.
  • Vaccin hépatite B : inscrit au calendrier vaccinal dès la naissance. Un rattrapage est possible à tout âge chez les personnes non vaccinées.

La PrEP : prévention du VIH pour les personnes à risque élevé

La PrEP — prophylaxie pré-exposition — est un traitement antiviral pris avant l'exposition pour prévenir la contamination par le VIH. Elle est recommandée aux personnes exposées régulièrement au virus. Elle est prescrite et suivie en CeGIDD ou par un médecin spécialisé, et remboursée à 100 %.

Récapitulatif des outils de prévention des IST
Outil IST concernées Disponibilité
Préservatif masculin Quasi toutes les IST Pharmacie, sans ordonnance
Préservatif féminin Quasi toutes les IST Pharmacie, sans ordonnance
Vaccin HPV (Gardasil 9) HPV 6, 11, 16, 18, 31, 33, 45, 52, 58 Sur prescription, remboursé 11–19 ans
Vaccin hépatite B Hépatite B Calendrier vaccinal, remboursé
PrEP VIH Sur prescription (CeGIDD ou spécialiste), remboursé
TPE (urgence) VIH Urgences hospitalières, en urgence dans les 48–72 h

IST et grossesse

Certaines IST peuvent avoir des conséquences graves pour le fœtus ou le nouveau-né. Un dépistage systématique est intégré au suivi prénatal en France pour les infections les plus à risque.

Dépistages systématiques pendant la grossesse

  • VIH : proposé à la première consultation prénatale. Un traitement antirétroviral chez une femme enceinte séropositive permet de réduire le risque de transmission à l'enfant à moins de 1 %.
  • Syphilis : dépistage systématique recommandé en début de grossesse. La syphilis congénitale est évitable par traitement antibiotique de la mère.
  • Hépatite B : dépistage au 6e mois. En cas de positivité, la vaccination du nouveau-né dès la naissance est réalisée en urgence (sérovaccination).
  • Chlamydia : dépistage recommandé chez les femmes de moins de 25 ans ou présentant des facteurs de risque.

Herpès génital et accouchement

La transmission de l'herpès au nouveau-né lors de l'accouchement peut être grave. En cas de primo-infection herpétique en fin de grossesse, une naissance par césarienne est souvent recommandée. Un traitement antiviral préventif peut être prescrit à partir de 36 semaines en cas de récurrences fréquentes.

Ce qu'il faut retenir
  • La plupart des IST sont silencieuses : seul le dépistage permet de les détecter.
  • Les IST bactériennes (chlamydia, syphilis, gonorrhée) se guérissent par antibiotiques.
  • Le VIH se contrôle très efficacement par les traitements actuels.
  • Le préservatif réduit fortement le risque de nombreuses IST, sans protection complète contre certaines infections de contact cutané.
  • La vaccination HPV est recommandée dès 11 ans pour les filles et les garçons.
  • En cas de rapport à risque avec le VIH, la TPE doit être débutée en urgence, le plus tôt possible et au plus tard dans les 48 à 72 heures.
  • Pendant la grossesse, les IST sont dépistées et traitées systématiquement pour protéger le bébé.

Questions fréquentes

Oui. Un partenaire peut être porteur d'une IST sans le savoir, car la majorité des infections sont asymptomatiques. C'est notamment le cas pour le chlamydia. La fidélité mutuelle protège uniquement si les deux partenaires ont été dépistés préalablement et sont certains de ne pas être porteurs.
Non. Le frottis cervical dépiste uniquement les anomalies cellulaires liées au HPV et les lésions précancéreuses du col de l'utérus dans le cadre du dépistage organisé. Il ne recherche pas le chlamydia, la syphilis, le VIH ou les autres IST. Un bilan complet nécessite des prélèvements et une prise de sang spécifiques.
Oui. Le vaccin HPV protège contre les souches les plus à risque (notamment HPV 16 et 18), mais pas contre toutes les souches oncogènes. Le frottis cervical reste indispensable, même après vaccination, selon le calendrier recommandé : à 25, 26 ans (deux frottis), puis tous les 5 ans jusqu'à 65 ans.
Se faire dépister ensemble avant d'arrêter le préservatif est une démarche de confiance mutuelle, pas un acte de méfiance. Présenter le dépistage comme une habitude de santé — au même titre qu'une prise de sang annuelle — aide à dédramatiser la discussion. Votre médecin peut aussi être un relais pour aborder ce sujet lors d'une consultation de couple.
Oui. L'herpès génital ne remet pas en cause une vie sexuelle épanouie. La transmission est réduite en évitant les rapports lors des poussées, en utilisant le préservatif, et par un traitement antiviral suppressif si les récurrences sont fréquentes. Un accompagnement médical permet d'adapter la stratégie à votre situation.
Les CeGIDD (centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic) proposent un dépistage complet des IST, gratuit et confidentiel, avec possibilité d'anonymat selon les situations et les actes. Ils sont présents dans la plupart des grandes villes et accessibles sans rendez-vous ou sur rendez-vous. La liste est disponible sur le site du ministère de la Santé. Le dépistage est également possible chez votre médecin traitant ou votre gynécologue, avec remboursement par l'Assurance maladie.

Quand consulter ?

Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale personnalisée. En cas de symptômes ou d'exposition à risque, consultez votre médecin, gynécologue ou un CeGIDD sans attendre.