Bilan de fertilité masculin : spermogramme, normes OMS, que faire en cas d'anomalie
Trop souvent, le bilan de fertilité commence par la femme seule, alors qu'un facteur masculin est impliqué dans une part importante des situations d'infertilité du couple. Le spermogramme est l'examen de référence. Voici ce qu'il mesure, ce que les résultats signifient — et ce qu'ils ne signifient pas.
Pourquoi faire un spermogramme ?
Un facteur masculin est impliqué dans une proportion significative des situations d'infertilité de couple — seul ou associé à un facteur féminin. Le bilan masculin doit être initié en parallèle du bilan féminin, sans attendre la fin des explorations chez la partenaire.
Le spermogramme est indiqué dans les situations suivantes :
- Désir de grossesse depuis 12 mois sans succès. Après six mois d'essais, une exploration plus précoce est recommandée selon l'âge des partenaires ; la HAS cite une femme de plus de 35 ans ou un homme de plus de 45 ans.
- Sans attendre, en présence d'un facteur de risque identifié (voir plus bas).
- Avant une prise en charge en assistance médicale à la procréation (AMP).
- Avant un traitement susceptible d'altérer la spermatogenèse (chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie).
- En cas de cryptorchidie, de varicocèle, d'antécédent d'orchite, d'hypogonadisme.
- Contrôle post-vasectomie.
Comment se déroule le spermogramme ?
Le spermogramme est habituellement réalisé au laboratoire par masturbation, dans une pièce dédiée. Conditions habituelles :
- Abstinence sexuelle de 2 à 7 jours avant le prélèvement.
- Signaler tout épisode fébrile récent, toute prise médicamenteuse et tout incident survenu pendant le recueil : ces éléments peuvent influencer l'interprétation.
Les paramètres mesurés
Paramètres macroscopiques
- Volume de l'éjaculat — exprimé en mL. Un volume faible peut évoquer une obstruction des canaux éjaculateurs ou une anomalie des vésicules séminales, parmi d'autres causes.
- pH — un pH acide peut être associé à une azoospermie obstructive.
- Viscosité et liquéfaction — le sperme se liquéfie habituellement en moins de 60 minutes.
Paramètres microscopiques
- Concentration — nombre de spermatozoïdes par mL.
- Numération totale — nombre total de spermatozoïdes dans l'éjaculat.
- Mobilité — progressive, non progressive, immobiles. Une mobilité « progressive » signifie que le spermatozoïde avance de façon efficace, y compris sur une trajectoire qui n'est pas strictement rectiligne.
- Vitalité — proportion de spermatozoïdes vivants, distincte de la mobilité : un spermatozoïde immobile peut être vivant.
- Morphologie — proportion de formes typiques selon des critères stricts.
- Leucocytes — un nombre élevé incite à rechercher une cause, sans prouver à lui seul une infection nécessitant des antibiotiques.
Repères OMS 2021
La 6ᵉ édition du manuel OMS (2021) propose des valeurs de référence. Ces repères décrivent le 5ᵉ percentile d'une population d'hommes ayant contribué à une grossesse dans un délai donné — ils ne séparent pas les hommes fertiles des hommes infertiles, et ne constituent pas une frontière absolue.
| Paramètre | Valeur de référence | Commentaire |
|---|---|---|
| Volume total | ≥ 1,4 mL | La valeur 2010 était de 1,5 mL ; les repères 2010 et 2021 ne diffèrent pas tous dans le même sens |
| Concentration | ≥ 16 millions/mL | Valeur 2010 : 15 millions/mL |
| Numération totale par éjaculat | ≥ 39 millions | — |
| Mobilité totale (progressive + non progressive) | ≥ 42 % | — |
| Mobilité progressive | ≥ 30 % | Une progression peut être comptabilisée même sur une trajectoire non parfaitement rectiligne |
| Vitalité | ≥ 54 % | Valeur 2010 : 58 % |
| Morphologie (formes typiques) | ≥ 4 % | Le laboratoire précise la méthode de classification utilisée ; les classifications ne sont pas toutes interchangeables |
| pH | > 7,2 | Repère consensuel, distinct des percentiles ci-dessus |
Nomenclature des anomalies
Ces termes décrivent un résultat de spermogramme à un moment donné — ce sont des descriptions, pas des diagnostics définitifs ni des scores directs de chances de grossesse.
| Terme | Ce qu'il décrit |
|---|---|
| Oligozoospermie | Concentration inférieure au repère de référence |
| Azoospermie | Absence de spermatozoïdes dans l'éjaculat, y compris après examen du culot de centrifugation, à confirmer sur deux prélèvements. Si seuls de rares spermatozoïdes sont retrouvés dans le culot, on parle de cryptozoospermie, non d'azoospermie |
| Cryptozoospermie | Très rares spermatozoïdes détectés après centrifugation, alors qu'aucun n'était visible à l'examen direct |
| Asthénozoospermie | Mobilité progressive inférieure au repère de référence |
| Tératozoospermie | Proportion de formes typiques inférieure au repère de référence |
| Oligoasthénotératozoospermie (OATS) | Combinaison des trois anomalies précédentes |
| Nécrozoospermie | Vitalité diminuée (spermatozoïdes non vivants) — à distinguer de l'immobilité, qui n'implique pas nécessairement une absence de vie |
| Leucospermie | Nombre de leucocytes supérieur au repère habituel — incite à rechercher une cause, sans affirmer à elle seule une infection |
Le bilan en cas d'anomalie confirmée
L'interrogatoire et l'examen clinique andrologique sont une étape essentielle, pas une formalité : palpation testiculaire, recherche d'une varicocèle, d'une cryptorchidie, d'une gynécomastie. Les examens complémentaires sont ensuite orientés selon les signes cliniques et la sévérité de l'anomalie — ce n'est pas une batterie identique pour tous les hommes.
- Bilan hormonal — évaluation minimale par FSH et testostérone totale chez l'homme infertile ; la LH et la prolactine complètent notamment l'exploration si la testostérone est basse ou selon d'autres signes cliniques.
- Échographie testiculaire — les recommandations et les pratiques diffèrent sur sa systématisation : certains parcours la proposent à tout homme infertile, d'autres selon les signes cliniques (varicocèle, anomalie palpée, antécédents). Votre médecin vous indiquera l'approche retenue dans votre situation.
- Génétique — indications ciblées : un caryotype peut être discuté à partir d'une concentration très abaissée, une recherche de microdélétions du chromosome Y à des concentrations encore plus basses, et une recherche de mutations du gène CFTR en cas de suspicion d'absence congénitale des canaux déférents. Les seuils exacts sont définis par le spécialiste selon le contexte.
- Fragmentation de l'ADN spermatique — examen ciblé, discuté notamment en cas de pertes de grossesse répétées, d'infertilité inexpliquée ou d'échecs d'AMP — pas une étape systématique du bilan de première intention.
- Dépistages infectieux — selon le contexte et l'orientation vers une éventuelle AMP.
Principales causes d'infertilité masculine
Les causes sont variées : varicocèle, obstruction des voies séminales, hypogonadisme, anomalies génétiques, cryptorchidie, infections génitales, causes idiopathiques (sans cause identifiée). Leur fréquence relative varie selon les populations étudiées et les définitions utilisées ; nous ne présentons pas ici de tableau de prévalence, ces chiffres se chevauchant selon les études et ne décrivant pas une même population de façon comparable.
La décision d'opérer une varicocèle, par exemple, dépend notamment du caractère palpable de la varicocèle, de la présence d'une infertilité et de paramètres spermatiques anormaux — elle se discute avec un spécialiste, au cas par cas, et non selon une règle automatique.
Que faire en cas d'anomalie ?
Facteurs de mode de vie
Arrêter le tabac, réduire l'alcool, viser un poids de forme en cas de surpoids, éviter une chaleur scrotale prolongée, et pratiquer une activité physique modérée et régulière sont des mesures raisonnables pour la santé générale. Elles peuvent s'accompagner d'une amélioration de certains paramètres spermatiques chez certains hommes, mais aucune de ces mesures ne garantit, à elle seule, une correction du spermogramme ni une grossesse : le bénéfice sanitaire général, l'évolution des paramètres spermatiques et la probabilité de naissance vivante sont trois choses distinctes.
Aucun complément antioxydant précis (vitamine C, E, zinc, coenzyme Q10) n'est recommandé de façon générale en cas d'infertilité masculine idiopathique : son utilité clinique reste incertaine selon les synthèses disponibles.
Options selon la situation
Selon la cause et la sévérité, les options envisageables incluent le traitement de la cause identifiée, une reconstruction chirurgicale, un recueil épididymaire ou testiculaire de spermatozoïdes, une insémination intra-utérine, une FIV avec ou sans ICSI, ou un don de sperme. Le choix se discute avec le couple et une équipe spécialisée, en fonction de l'ensemble du bilan — il n'existe pas de correspondance automatique entre un type d'anomalie et une technique donnée.
Questions fréquentes
Mon spermogramme est limite — ma partenaire peut-elle quand même tomber enceinte naturellement ?
Oui, c'est possible. Les repères OMS correspondent au 5ᵉ percentile d'une population d'hommes ayant contribué à une grossesse — pas à une frontière absolue. De nombreuses grossesses surviennent avec des paramètres spermatiques en deçà de ces repères, notamment si l'anomalie est modérée et isolée. La décision d'orienter vers une AMP dépend de l'ensemble du tableau : sévérité de l'anomalie, âge de la partenaire, durée des essais, bilan féminin.
La tératozoospermie (formes anormales) empêche-t-elle une grossesse naturelle ?
Pas systématiquement, surtout si la concentration et la mobilité sont dans les repères habituels. Son impact isolé sur la fertilité naturelle est discuté dans la littérature. La décision d'orienter vers une technique particulière dépend de l'ensemble du bilan, pas d'un seuil de morphologie pris isolément.
L'alimentation peut-elle améliorer la qualité du sperme ?
Certaines études associent une alimentation de type méditerranéen à des paramètres spermatiques plus favorables, et une alimentation riche en graisses trans ou en aliments ultra-transformés à des paramètres moins favorables. Ces associations sont encourageantes mais ne permettent pas de garantir une amélioration individuelle ni une grossesse. Aucun complément alimentaire précis n'est recommandé de façon générale ; discutez-en avec votre médecin si vous souhaitez explorer cette option.
Une azoospermie signifie-t-elle forcément le don de sperme ?
Pas nécessairement. Une azoospermie obstructive (voies séminales bloquées, spermatogenèse conservée) peut, selon la cause, relever d'une correction de l'obstruction ou d'un recueil chirurgical de spermatozoïdes associé à une ICSI. Une azoospermie non obstructive nécessite un bilan approfondi, notamment génétique, et une consultation dans un centre spécialisé ; une extraction chirurgicale peut parfois retrouver des spermatozoïdes utilisables. Le don de sperme est une option parmi d'autres, discutée selon les résultats du bilan complet et le souhait du couple.
Quand consulter ?
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Références
- HAS — Infertilité : exploration en première intention, synthèse, juillet 2026
- EAU — Male Infertility Guidelines, 2026
- AFU / SALF — Recommandations pour l'évaluation de l'homme infertile, 2021 (certains développements y citent encore les valeurs OMS 2010)
- OMS — WHO Laboratory Manual for the Examination and Processing of Human Semen, 6ᵉ édition, 2021.
- Analyse comparative des valeurs de référence OMS 2010 et 2021
- AUA / ASRM — Diagnosis and Treatment of Infertility in Men, Guideline Part II
- Rolland M. et al. — Decline in semen concentration and morphology in a sample of 26,609 men between 1989 and 2005 in France. Human Reproduction, 2013.