Bilan de fertilité féminin : AMH, échographie ovarienne, bilan hormonal — tout comprendre
Un bilan de fertilité n'est pas un verdict — c'est un outil de compréhension pour agir au mieux. Ce guide détaille chaque examen du bilan de fertilité féminin, son rôle et ses limites, pour arriver en consultation avec les bonnes questions.
Quand débuter le bilan ?
La HAS a publié en juillet 2026 une recommandation dédiée à l'exploration de l'infertilité en première intention. Elle situe le bilan :
- Après 12 mois de rapports réguliers sans contraception et sans grossesse, quel que soit l'âge.
- Après 6 mois lorsque la femme a atteint 35 ans ou que l'homme a atteint 45 ans.
- Plus tôt selon les antécédents et les signes cliniques : aménorrhée, cycles très irréguliers, syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP, anciennement appelé SOPK) connu, antécédent d'endométriose, d'infection génitale haute, de chirurgie pelvienne ou ovarienne — sans imposer d'attente à une personne présentant l'un de ces éléments.
Le bilan hormonal
Le bilan hormonal est réalisé par une prise de sang. Selon la HAS 2026, les dosages de début de cycle sont situés entre le 2ᵉ et le 4ᵉ jour du cycle lorsque celui-ci le permet ; l'approche est adaptée en cas d'aménorrhée ou de cycles irréguliers, sans qu'un jour précis puisse être imposé dans ces situations.
| Hormone | Moment habituel | Ce qu'elle renseigne |
|---|---|---|
| FSH | Début de cycle, si le cycle le permet | Participe à l'évaluation de la fonction ovarienne ; s'interprète avec l'ensemble du tableau clinique et biologique, pas isolément |
| LH | Début de cycle | Participe à l'évaluation hormonale globale ; le rapport LH/FSH n'est pas retenu comme critère diagnostique du SMOP |
| Œstradiol (E2) | Début de cycle | Interprété avec la FSH pour l'évaluation de la fonction ovarienne |
| AMH | N'importe quel jour du cycle | Voir la section dédiée ci-dessous |
| Progestérone | Environ une semaine avant les règles attendues, si une confirmation d'ovulation est nécessaire | Confirmation d'une ovulation |
| Prolactine | Selon indication clinique | Recherche d'une hyperprolactinémie pouvant perturber l'ovulation |
| TSH | Selon indication clinique | Dépistage d'une dysthyroïdie |
L'AMH et la réserve ovarienne
L'hormone anti-müllérienne (AMH) est produite par les petits follicules ovariens en croissance. Elle est habituellement peu variable au cours du cycle, ce qui permet de la doser à n'importe quel moment.
Certaines contraceptions hormonales peuvent modifier le taux d'AMH et le compte folliculaire antral. Signalez votre contraception au moment du dosage plutôt que de l'arrêter par avance : l'interprétation en tiendra compte, sans qu'un arrêt automatique soit nécessaire.
Un « bilan préventif de la réserve ovarienne » ne devrait pas être proposé de façon systématique à une personne qui souhaite simplement différer sa grossesse. Une consultation de conseil, prenant en compte l'âge, les antécédents et le projet de vie, est plus adaptée qu'un dosage isolé interprété hors contexte.
L'échographie pelvienne et le compte folliculaire antral
L'échographie endovaginale en début de cycle permet de réaliser le compte folliculaire antral (CFA) : le dénombrement des petits follicules visibles dans chaque ovaire. Comme l'AMH, le CFA est surtout utile pour anticiper la réponse à une stimulation ovarienne ; il ne constitue pas, à lui seul, un pronostic individuel de fertilité naturelle.
L'échographie permet également de rechercher :
- Des endométriomes ovariens (kystes d'endométriose).
- Des kystes fonctionnels ou organiques.
- Un aspect évocateur de SMOP.
- Des anomalies utérines : polypes, myomes sous-muqueux, malformations.
- Une hydrosalpinx (trompe dilatée liquidienne), qui peut influencer le pronostic en cas de FIV envisagée.
La perméabilité tubaire
Les trompes de Fallope sont le lieu de la fécondation. Leur obstruction — souvent silencieuse — peut survenir après une infection, une endométriose ou une chirurgie pelvienne. Plusieurs examens permettent de les évaluer, avec des rôles distincts.
Hystérosalpingographie (HSG)
Examen radiologique réalisé en début de cycle, sous contrôle scopique. Un produit de contraste est injecté par le col utérin, ce qui permet de visualiser la cavité utérine et le passage du produit dans les trompes. Réalisée en ambulatoire.
HyFoSy
Technique échographique, avec injection d'une mousse ou d'un liquide de contraste, spécifiquement destinée à apprécier la perméabilité tubaire par voie échographique — une alternative à l'HSG dans certains contextes, moins irradiante.
Hystérosonographie au sérum physiologique
Variante échographique avec injection de sérum physiologique, principalement utilisée pour analyser la cavité utérine plutôt que la perméabilité tubaire proprement dite. Ces trois examens ne sont pas interchangeables ; le choix dépend de la question posée et du contexte.
Cœlioscopie diagnostique
Examen chirurgical permettant de visualiser directement les trompes, le péritoine et l'utérus. Ce n'est pas une étape systématique du premier bilan : elle répond à des indications ciblées, notamment en cas de doute après un autre examen ou de suspicion d'endométriose.
L'évaluation de l'utérus
Des anomalies utérines peuvent parfois gêner l'implantation ou être associées à des fausses couches précoces. L'évaluation peut comprendre :
- Échographie endovaginale — examen de première intention pour détecter myomes, polypes, épaississement de l'endomètre ou malformations utérines.
- Hystéroscopie diagnostique — visualisation directe de la cavité utérine, utile notamment pour confirmer un polype ou une cloison utérine suspectés à l'échographie. Ce n'est pas un examen systématique du premier bilan : elle répond à une indication précise.
- IRM pelvienne — réservée à des indications ciblées, notamment en cas de suspicion de malformation utérine complexe ou d'adénomyose.
Dépistages infectieux et bilan préconceptionnel
Plusieurs types de vérifications sont à distinguer, car elles ne répondent pas au même objectif :
- Dépistage des infections sexuellement transmissibles, dont un test moléculaire (PCR) sur prélèvement approprié pour Chlamydia trachomatis — cause possible d'obstruction tubaire silencieuse — plutôt qu'une sérologie.
- Vérifications préconceptionnelles : statut immunitaire vis-à-vis de la rubéole, statut vis-à-vis de la toxoplasmose et de la varicelle, pour adapter la surveillance pendant une future grossesse.
- Bilan spécifiquement requis avant une assistance médicale à la procréation (sérologies VIH, hépatites B et C, syphilis, selon la réglementation en vigueur) — ce bilan ne concerne pas toutes les personnes en début d'exploration, mais celles qui s'orientent vers une AMP.
Synthèse du bilan de première intention
Le tableau ci-dessous liste les examens habituellement envisagés ; la prise en charge par l'Assurance Maladie dépend de l'indication médicale précise, de la situation et, parfois, de la technique utilisée — elle n'est pas uniforme pour tous ces examens.
| Examen | Ce qu'il renseigne |
|---|---|
| FSH, LH, E2, AMH | Fonction ovarienne |
| Prolactine, TSH | Recherche d'un trouble endocrinien associé, selon indication |
| Progestérone | Confirmation d'une ovulation, si nécessaire |
| Échographie endovaginale + CFA | Réserve ovarienne, utérus, pathologies pelviennes |
| Hystérosalpingographie ou HyFoSy | Perméabilité tubaire |
| Hystéroscopie diagnostique | Cavité utérine, si indication précise |
| Dépistages infectieux ciblés | Selon le contexte (IST, préconceptionnel, AMP) |
| Caryotype | Si indication (fausses couches répétées, IOP) |
Questions fréquentes
Mon AMH est basse à 28 ans. Suis-je stérile ?
Non, une AMH basse n'établit pas une stérilité. Elle ne permet pas non plus de calculer précisément un délai individuel avant la ménopause ou avant une baisse de fertilité. Elle indique surtout que la réponse à une éventuelle stimulation ovarienne pourrait être plus modérée. Cela mérite d'être discuté avec un spécialiste pour comprendre ce que cela signifie dans votre situation, sans que cela conduise automatiquement à proposer une autoconservation d'ovocytes : la décision dépend de votre projet, de votre âge et de l'ensemble de votre bilan.
Faut-il faire le bilan en même temps que mon partenaire ?
Oui, c'est recommandé. Une cause masculine peut être seule en cause ou associée à une cause féminine. Commencer uniquement par le bilan féminin et différer le spermogramme retarde inutilement le diagnostic et la prise en charge du couple.
L'hystérosalpingographie est-elle douloureuse ?
Elle peut provoquer des crampes utérines pendant l'injection du produit de contraste, d'intensité variable d'une femme à l'autre. L'examen dure généralement de 10 à 15 minutes et se pratique en ambulatoire. Plutôt qu'une prise systématique d'un antalgique précis avant l'examen, demandez au centre qui réalise l'examen un conseil antalgique adapté à vos antécédents et contre-indications personnelles.
Puis-je faire le bilan sous pilule ?
Partiellement, et cela dépend des examens. L'AMH peut être dosée sous contraception hormonale, en signalant cette prise à votre médecin pour l'interprétation. D'autres dosages hormonaux (FSH, LH, œstradiol) sont généralement plus informatifs en dehors d'une contraception hormonale. Votre médecin vous guidera sur les examens réalisables selon votre situation, sans qu'un arrêt de la contraception soit nécessaire dans tous les cas.
Quand consulter ?
Ce qui a été retiré de cet article faute de preuve suffisante
- Les seuils biologiques présentés comme universels (FSH, rapport LH/FSH, œstradiol, AMH, progestérone).
- Le tableau associant des tranches d'AMH à des catégories de « réserve » et suggérant un don d'ovocytes à partir d'un taux isolé.
- Les seuils fixes du compte folliculaire antral présentés comme un pronostic individuel.
- L'affirmation d'un remboursement systématique pour la quasi-totalité des examens.
- La proposition systématique d'un « bilan préventif de la réserve ovarienne » et de l'autoconservation d'ovocytes sur la seule base d'une AMH basse.
- La recommandation systématique d'un antalgique précis avant l'hystérosalpingographie.
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Références
- HAS — Santé sexuelle et reproductive, recommandations volet 2 : infertilité, exploration en première intention, juillet 2026
- HAS — Synthèse de la recommandation, volet 2, juillet 2026
- NICE — Fertility problems: assessment and treatment, NG257, mars 2026
- Teede H.J. et al. — Polyendocrine metabolic ovarian syndrome, the new name for polycystic ovary syndrome: a multistep global consensus process. The Lancet, mai 2026.